Retour vers le passé.

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suite - Posté à 08:36 le 24/04/2007 par trinita
de papier.

Des théories se sont bien affrontées chez les spécialistes mais à ce jour, je veux dire, dans mon futur, aucun, n’en a apporté de preuve formelle quant à l’existence d’un espace-temps où on peut « voyager » à sa guise ! Il est vrai que les voyages spatiaux-temporels pourraient apporter beaucoup à l’humanité à condition de ne pas changer le passé à notre convenance mais ça c’est une autre histoire (la théorie du papillon écrasé dans le passé modifiant le futur)

On s’ On s'est installé juste devant l’énorme tas de crottin. L’odeur j’y suis habitué ayant deux chevaux dans mon futur. J’ai toujours Duc en laisse mais il est plus calme qu’hier  jusqu’à ce qu’il voit un chat et alors. On se regarde avec Dany, les yeux bleus fixant d’autres yeux bleus, et nos lèvres se collant les unes aux autres. Pas de langue explorant l’autre langue. On trouvait sûrement ça dégoûtant à cet âge. Application de lèvres contre lèvres, uniquement. Sa sœur fait de même avec Marc. Top chrono ! Et c’est parti mais comme je n’ai pas de montre, et les autres non plus d’ailleurs, l’estimation se fera mentalement et au plus juste. On respire par le nez heureusement. Je l’enlace et elle  m’entoure avec ses petits bras le buste. La position est bonne. D’un coup d’œil je regarde vite fait les autres. Eux aussi sont pas mal. De temps en temps, Dany ouvre un œil et me regarde. En même temps que moi…on se regarde, et j’ai envie de rigoler…mais je me retiens. Situation coquasse au demeurant mais Ô combien plaisante…Ca dure ! Ca fait bien cinq minutes ce baiser….Les autres n’ont pas bronchés non plus. Ah, ça  y est ! On décolle les lèvres l’un de l’autre. Les autres sont toujours collés ! On s’approche d’eux et on les bouscule un peu, et du coup, ça les décolle eux aussi. Tout le monde rigole. Dans le même temps, on a regardé à droite et à gauche pour éviter les surprises. On ne sait jamais, n’importe qui aurait pu nous surprendre. Bizarrement, je n’ai pas trop prêté attention à cela, probablement à cause de mon âge réel. Les surprises il y a longtemps qu’elles ne me surprennent plus. Ca sent bon l’odeur de crottin frais. Je savais que Dany et sa sœur devaient rentrer l’année prochaine en France, alors il fallait que j’en profite au maximum, et peut-être aussi demander plus de renseignements quant à leur adresse là bas.  C’est vrai, lorsque je suis rentré en France, je n’ai même pas cherché à la revoir…les histoires de gamins se terminent comme elles ont commencé, c’est à dire, par le plus grand des hasards.

          Il ne faudrait pas que je m’attarde trop longtemps ici d’autant que j’ai dit à ma mère, avant de partir, que je serais rapidement de retour. Cela fait bien une bonne heure que je suis avec mes amis. Dany m’annonce qu’il est 11h30. Elle a regardé à sa montre. Bien. Je leur dit que je m’en vais et qu’on se reverra plus tard. Baiser à nouveau à Dany.  Je refais le chemin en sens inverse pour regagner l’appartement avec Duc en laisse lequel d’ailleurs ne m’a pas quitté d’une semelle et même si je l’avais détaché, il serait resté à mes côtés. Brave boxer. Tiens ça me fait penser lorsque j’étais maître-chien à Rochefort, de 1975 à 1980. Le président de notre club de chien de défense avait également un boxer bringé et comme c’était moi l’homme d’attaque, son chien prenait un malin plaisir à venir chercher ma main à l’intérieur de la manche du costume épais que je portais. Et pourtant la manche dépassait ma main d’au moins 20 cm. Excellent chien pour l’attaque le boxer, rapide, souple, nerveux et très endurant par rapport au berger allemand, plus calme comme celui que j’avais à cette époque.

J’ai fait un grand détour en fait. Je suis passé par derrière le mess.

Retour vers le passé. - Posté à 13:40 le 28/12/2006 par trinita

PROLOGUE

Jamais je n'avais tant pensé à la vie que j'avais menée en Afrique avec mes parents lorsque j'étais tout jeune que maintenant. Sans doute était-ce du  à l'hiver. C’est vrai quand il fait froid, on pense chaleur, plage et cocotiers.

Souvent, la nuit, alors que je n’arrivais pas à dormir, je pensais fortement aux épisodes de ma vie passée là-bas.

Mes souvenirs s’estompent au fur et à mesure qu’on avance dans le temps et c’est normal mais il y a des situations qui m’ont beaucoup plus marqué que d’autres. Surtout quand on est gamin. On se souvient des copains et copines, des amis de nos parents mais moi, j’ai de la difficulté à me souvenir des noms de famille. Les prénoms il n’y a pas de problème mais les noms c’est la croix et la bannière.

« la croix et la bannière », voilà une expression que ma mère employait souvent.

 

Je disais donc que j’arrivais à me souvenir de quelques situations vécues en présence de telle ou telle personne. Une fois plongé dans le passé, je revivais chaque moment, du moins, les moments dont je me souvenais le plus parce que les autres, on croit se souvenir de quelque chose mais quand on demande à un frère ou à un de ses parents, en l’occurrence ma mère, ont a une autre vision de l’évènement. Alors on est un peu déçu. Forcément la réponse attendue ne correspondait pas trop à ce qu’on croyait. La mémoire nous joue parfois de sacrés tours.

La période charnière correspond à celle avant septembre 1965, époque à laquelle, mon frère et moi sommes revenus en France et cela définitivement. Une des raisons de ce retour définitif était sans doute du point de vue scolaire. J’avais terminé mon année en 6ème avec succès tandis que mon frère avait péniblement terminé sa quatrième. J’avais donc 13 ans en septembre 1965 c’est à dire deux ans de retard sur mon cursus scolaire. Mon frère en avait 15 et étalait le même retard scolaire.

 

Nous sommes revenus, mes parents, mon frère et moi, à Dakar (Sénégal) en février 1964. C’était notre énième voyage vers l’Afrique depuis 1954 : Sénégal, Guinée puis re-Sénégal et enfin Sénégal avant le retour en France.

 

EPISODE 1.

Lundi, 18h45.

Il est tard, j’ai passé ma journée à bosser sur l’ordinateur.  J’ai une maison à faire pour un client mais c’est bon, je suis  dans les temps. Les plans sont presque terminés et il ne reste que trois documents à créer et puis passer à la copieuse. Mais je ferais tout ça demain matin. J’ai un mal au dos pas croyable à force de rester assis devant l’ordi. Maryse, ma femme, regarde la télé. Les infos, c’est mieux depuis la TNT. On n’est pas obligé de se farcir la une, la deux ou la trois. Le dîner et la soirée dans son ensemble se passent dans le calme, comme d’habitude. La nuit on ne peut rien en dire de spécial car on dort et donc on ne se souvient de  rien sauf lorsqu’on rêve. Cette nuit la, aucun rêve.


Mardi 7h00.

Réveil comme à l’accoutumée puis  petit déjeuner en regardant les infos. Je perçois des bruits provenant des autres pièces de la maison. Maryse qui s’affère aux tâches habituelles. Les sons sont toujours les mêmes depuis des années. On s’habitue à tout finalement. Tiens ! La télé marche moins bien ce matin. Sans doute le temps ; Les vents ont tourné au sud et c’est peut-être la raison de ce brouillage. Ca y est, c’est redevenu normal. Bof,  ça arrive souvent.

J’ai ouvert les volets car il fait jour maintenant. Allez au boulot. Allumage de l’ordi, attente, initialisation des programmes. Ah ! L’image flotte sur l’écran. Mais ça ne dure pas. Par contre, je ressens une drôle d’impression. C’est indéfinissable. Comme un courant électrique qui me parcourt mais sans le choc.  Je pense à un petit coup de froid, l’hiver c’est fréquent. Mon état de santé deviendrait-il fébrile tout d’un coup ?  Ca passera. La journée est bien entamée. Aucun problème jusqu’à midi. J’arrête de bosser pour manger. Je regarde ma station météo comme d’habitude et la température est de 3° à l’extérieur. Pas mal ces petits engins pour prédire le temps à l’avance. Toujours à l’heure grâce à la captation des ondes-radio depuis l’horloge de Francfort. Bref, il fait froid ! Un regard vers l’extérieur depuis ma cuisine. Le ciel ne me paraît pas comme d’habitude. C’est sa couleur qui me gêne : un rose bleuté. Bizarre, je n’avais vu cette couleur de ciel auparavant. Mon voisin fait tourner son gros camion pour repartir sur les chantiers. Ca fume par l’échappement.

Allez, on ouvre une boîte car il y a des jours où on se contente de peu et puis Maryse, qui est partie au boulot ce matin, ne mange qu’un yaourt lorsqu’elle revient  vers 13h00. Repas vite avalé puis café pris dans le salon. Le ciel a toujours cette même couleur. Maintenant j’entends un drôle de bruit provenant de l’extérieur. Je baisse le son de la télé pour mieux écouter : un ronflement qui revient par saccade. Jamais entendu ce bruit. Encore un truc bizarre. Décidément c’est le jour. La machine à laver est éteinte donc ça ne vient pas de là. Je vais voir mes deux chevaux dans le pré à côté de la maison. Ils me paraissent calmes. Ils mangent leur foin dans l’écurie et sans trop se soucier du reste. Je regarde encore le ciel étrange mais le bruit s’est arrêté. Je pense aux cultivateurs, parfois ce sont les tracteurs agricoles qui font ce bruit. Je n’en vois pas dans les environs immédiats.

Il y a des jours comme ça où on trouve tout de bizarre. C’est peut-être parce qu’on est trop routinier dans nos manières de vivre. On ne fait pas attention aux choses dont on n’a pas l’habitude de côtoyer.

L’après-midi s’est passé comme la matinée sans trop de surprise. Le ciel avait toujours cette couleur rosâtre légèrement bleutée sur un fond de cirrus, ces nuages de haute altitude annonçant une dépression dans les quarante huit heures.

Lorsque Maryse est revenue, la nuit était déjà là. A ma demande, elle ne s’est pas aperçue des bizarreries vues et entendues dans la journée. Bon, alors il n’y a que moi qui les vues et entendues.


Mardi 23h30

La nuit venue, dans mon lit, pour m’endormir, je pense à un épisode particulier de cette période entre 1964 et 1965 à Dakar. Je suis à la Médina, un immense quartier de Dakar où il y a plus de baraques en tôle que d’immeubles en dur. A l’écoute des tam-tams battant dans les quartiers des bidonvilles, je pense fortement à des épisodes bien précis. Je revois clairement toutes ces choses, ces gens en boubous qui vont et viennent, s’arrêtent pour parler, certaines femmes entrain  de battre le mil dans les calebasses avec un pilon qu’elles lâchent  pour  frapper dans leurs mains, une manière bien à elles de battre la mesure et des enfants qui poussent des jantes de vélo avec un bâton comme s’il s’agissait de cerceaux.

Ca y est, je suis en train de rêver…


EPISODE 2.

J'ai chaud et mal à la tête. La lumière me fait mal aux yeux. On dirait une lueur du soleil. Tient maintenant ça tourne dans ma tête. Le rêve semble bien animé. Je n'ai jamais ressenti un tel malaise surtout en plein rêve.

Je ne peux dire si mes yeux sont fermés ou ouverts et j'ai de plus en plus chaud. La fièvre, sans doute. J'ai du choper un virus ou quelque chose comme ça. C’est quand même bizarre cette histoire de rêve. D’habitude, la chaleur, la lumière, ça me réveille mais là, rien et cela dure une éternité.

Soudain, je vois  des murs blancs et hauts, posés sur un sol goudronné. Ma main gauche tient une corde ou lanière en cuir qui semble se tendre par moment. Non loin de moi, à environ deux mètres, se tiennent debout trois personnes pas bien hautes, des gamins je crois. Je n’arrive pas à distinguer l’ensemble bien comme il faut. Soudain, une sensation terrible m’envahit : une peur indéfinissable mais grande. Je n’arrive pas à me stabiliser  sur mes deux pieds et on dirait que je suis en train de flotter. Cela me rappelle lorsque j’avais arrêté de fumer. Le délai de sevrage de trois à six mois m’avait fait ce même effet : impression de flottement, la tête qui tourne, manque d’air. En fait, il fallait tout simplement respirer à fond et tout rentrait  dans l’ordre. Les sensations disparaissaient comme elles étaient venues.

J’entends des voix également. Des voix enfantines, je veux dire des voix non atteintes par la maturité. Deux voix certaines : celles de deux filles qui ricanent en même temps mais je ne peux comprendre ce qu’elles se disent. Maintenant, mes yeux sont ouverts en grand. C’est un chien qui tirait sur la corde que je tenais dans la main gauche. Une corde qui ressemble à une laisse en cuir. Le chien, je le reconnais : il s’agit de Duc, un boxer bringé de trois ans, celui de ma cousine Liliane.

Il a un gros collier métallique autour du cou. Je reconnais ce genre de collier car on l’appelle plus communément, le collier étrangleur pour des chiens difficiles, tels cette race ou berger allemand au dressage. J’ai été maître chien il y a quelques temps. Ben là, je me pose. Je suis en 1963 ou 1964 dans mon rêve ! Non, ce n’est pas un rêve car j’aurais du me réveiller tout à l’heure. Mais ce n’est pas possible. Tout à l’air réel : le soleil, la chaleur, même le bâtiment devant moi qui semble faire quatre étages, le sol qui est une route goudronnée dont je sens l’odeur âpre de l’asphalte, l’odeur de l’air pas comme chez moi, je veux dire là où j’habite. Je  regarde mes mains, mes bras puis mes jambes : je suis tout petit. Je passe ma main droite sur le visage et je constate l’absence de poil de barbe qui, généralement  repoussent dans la journée après le rasage du matin.  Je tourne la tête légèrement sur ma droite tandis que le chien tire à nouveau sur la laisse. Je remarque la présence tout d’abord de deux gamines dont l’une doit avoir au moins 10-11 ans environ, la seconde est plus petite, peut-être 8 ans. Un garçon la tient par la taille, lui aussi du même âge. Leur visage ne m’est pas inconnu. Le mal de tête me revient. La fille, celle qui a 10-11 ans, me rappelle vaguement, Dany, elle était ma petite copine à cette époque et d’ailleurs je me souviens que j’avais le même âge qu’elle. Attends de voir ; je regarde à nouveau mes bras et jambes puis mes vêtements : même constat, j’ai 11 ou 12 ans, étant donné ma taille en hauteur et je porte un short beige et une chemise en tissu avec des cow-boys comme motifs. Puis,   je regarde mes godasses : des nus- pieds en cuir, avec  sangles  et boucles métalliques ! Pas croyable !  Une angoisse me prend.  C’est réel. TOUT EST REEL AUTOUR DE MOI ! Je fais comme dans les bouquins, je me pince des fois que je rêverai, mais non ! Je ressens la douleur de la peau pincée. Aïe  ! Duc qui essaie encore une fois de tirer sur la laisse. Il a vu un chat au loin.

- Nono, ça va pas ?

Nono ! on ne m’a plus appelé avec ce surnom depuis que j’ai au moins 18 ans ! Pensez, j’en ai 54 maintenant, donc ça fait un bail. C’est Dany qui m’a posé la question. Je me souviens de plus en plus d’elle en la revoyant : cheveux blonds, courts et raides, elle porte un short rouge et un tricot de peau blanc à bretelles, sans doute l’ancêtre du tee-shirt. Elle n’est pas plus grande que moi. Au fait combien je mesure moi dans cette réalité ? 1m40 ? 1m50 ? Je ne sais pas et d’ailleurs je ne sais plus rien. J’ai comme un stress diabolique qui monte en moi.

- Euh, rien, non j’ai rien. Ma voix, je n’ai plus ma voix que j’avais avant de m’endormir, avant … Je veux dire dans l’autre réalité. J’ai la voix  d’un garçonnet qui n’a  pas encore mué. Je regarde les filles dont je crois me souvenir que la plus jeune s’appelait Maryse, tiens comme ma femme. Ma femme ? Au fait, si je suis ici, à cet âge là, avec mon esprit de 54 ans, qui se trouve dans mon lit aux côtés de ma femme ? Moi, mais inversement, avec mon esprit de 10-11 ans  dans un corps d’un homme de 54 ans ?  Houlala ! houlala ! Ca va trop loin cette histoire. Ce n’est pas possible. Le garçonnet qui tient Maryse par la taille doit avoir le même âge qu’elle ou peut-être est-il plus jeune. Je ne me souviens plus de son prénom à celui-la. Attends, je compte dans ma tête : il y avait outre moi, Dany, Maryse et ? Merde, je ne m’en souviens plus. Tant pis, j’éviterai de l’appeler et puis, sûrement qu’une des deux filles l’appellera par son prénom à un moment donné. 

Je regarde le bâtiment en même temps. C’est bien l’immeuble que j’habitais de  février 1964 à septembre 1965 avec mes parents et mes deux frères. Soudain, cette angoisse que j’avais tout à l’heure augmente de plus en plus car je pense à mon frère Alain, décédé en 1991 à la suite d’une terrible maladie. Cela va faire 16 ans puisqu’on est en 2007. En 2007 !   J’ai fait un bon en arrière de 43 ans ! Nous sommes en 1964. J’essaie quelques chose :

- En quelle année sommes-nous ? Demande-je en clignant des yeux car la réverbération de la lumière est forte. Je les regarde tous les trois. Dany me répond en s’approchant de moi et en riant : «  en 64 »

- Et le mois ? 

- juillet. Là, c’est Maryse qui a répondu. « C’est un jeu ? » me demande t-elle.

- Non, non ! il  y a que j’ai mal au crâne ! Dis-je. J e ne mens pas en disant cela. Ca me fait tout drôle de parler avec cette voix de gamin et surtout de m’exprimer comme avant, à 54 ans ! Faut que je fasse gaffe de ne pas trop employer de mot que je ne connaissais pas étant jeune. Duc tire une nouvelle fois sur sa laisse.

- Duc arrête et reste aux pieds. J’ai été maître-chien et donc mon ordre, assez sec, a fait de l’effet car le chien s’assied et ne bouge plus, la langue pendante. Il a sûrement soif avec cette chaleur. Pensez donc, je me trouvais chez moi, à dormir alors qu’on est en plein hiver et je me retrouve propulsé, je ne sais comment, dans cette fournaise, 43 ans en arrière et en Afrique. Je ne sais pas quoi faire.

   - - Tu veux un cachet d’aspirine ? me propose Dany. On va chez moi.

Là, elle est très près de moi. On esquisse un baiser tous les deux. Je me souviens qu’on faisait des concours du plus long baiser près du tas de crottin, derrière les écuries du camp et d’ailleurs non loin de chez elle. Mais comment  s’appelle t-il le copain de Maryse déjà ? Bah,  ça va me revenir. Nous voilà parti mais avant je voudrais laisser le chien chez moi : chez moi, c’est dans cet immeuble, au quatrième étage. Appartement de gauche ou de droite ?  Je me rappelle que lorsque ma cousine Liliane nous avait laissé Duc à garder, nous étions dans celui de gauche après avoir habité dans celui de droite pendant un laps de temps. Mais je décide d’amener le chien avec nous car j’ai peur de revoir ma mère qui se trouve certainement dans l’appartement. C’est l’heure qui me manque. Je n’ai pas de montre. Je regarde les ombres portées des arbres au sol et je crois qu’il peut-être environ 16h00. Dans mes pensées, j’ai regardé mon bras gauche comme si j’avais une montre et Dany s’en est aperçue. «  5 heures » me dit-elle. Il est 17h00 et on est en juillet, en 1964 !  Me manque que le jour. Je verrais plus tard mais je crois que nous sommes un jour de  semaine. Hé ! Ce sont les vacances scolaires ? A 54 ans, je me préoccupe des vacances scolaires. Hilarant. J’ai toujours cette angoisse montante, cette peur au ventre qui se renforce à l’idée de rencontrer quelqu’un de ma famille. On marche derrière le bâtiment,  côté garages et on se dirige vers un autre bâtiment qui regroupe, si mes souvenirs sont exacts, les salles  de communications radio-électriques du camp autrement dit les salles radios, en langage militaire. Il faut préciser que nous nous trouvons actuellement dans un immense camp de Gendarmerie sénégalaise à Médina, quartier de Dakar. Ce camp est en fait une école de gendarmerie avec ses infrastructures (bâtiments écoles, état-major, mess, chapelle, salle de judo, maréchalerie, écurie de 200 chevaux, garages-ateliers, dispensaire, cinéma, terrains de sport etc...)  Bref, une petite ville dans la Médina.


     EPISODE 3.

Tandis que nous marchons, toujours derrière le grand immeuble, je tourne machinalement la tête sur la gauche car dans mes souvenirs d’enfance, le cinéma plein air (une partie seulement était à ciel ouvert, le balcon étant couvert) se trouvait derrière chez nous. Et il y avait même une école maternelle dont j'ai vue la construction. Le cinéma, je le vois au milieu des filaos, espèces de grands arbres ressemblant aux tamaris de chez nous mais plus haut avec des branches  retombantes.  Je revois les gamins sénégalais, certainement de mon âge, à l’époque, qui ne pouvant s’acheter un billet d’entrée, tentaient de regarder le film sur l’immense écran blanc en béton tout en s’agrippant aux claustras des murs latéraux. J’esquisse un sourire de revoir ces scènes du samedi soir.  J’ajoute que le cinéma renfermait également, au rez-de-chaussée, sous la salle de projection, un autel avec deux petites salles à l’arrière dans lesquelles le prêtre italien entreposait ses habits et ustensiles pour les deux messes du dimanche matin, une à 8h00 et l’autre à 11h00. Je m’en souviens bien parce que le dimanche matin, je servais la mess comme enfant de cœur parfois avec mon frère, parfois avec un camarade.

Je les écoute parler, Dany, sa sœur et le petit copain dont je n’ai toujours pas trouvé le prénom. Ils n’ont pas d’accent. J’évite de parler car mes souvenirs de ces moments sont trop fluides. Toutes ces années qui nous séparent. J’essaie de réfléchir alors que Dany me tient toujours par la main. Elle est quand même mignonne. Moi, qui clamait haut et fort que je préférais les brunes, disons à mon époque normale. Qu’est ce qui s’est passé ? Une distorsion du temps, un orage magnétique ? Un univers parallèle ? Si jamais je retourne à mon époque, faudra que je fasse des recherches sur Internet. Mais maintenant, Internet n’existe même pas. Les téléphones portables ? Idem.  Quarante trois ans d’avancées technologiques. Ce n’est pas rien.  C’est H.G Wells qui serait content s’il me voyait : l’inventeur de la machine à remonter le temps ! J’avais lu son livre et vu le film à la télé. Tient, au fait, la télé, ben il n’y en a pas ici ! Les soirs arrivaient vite car le soleil se couchait vers 18 heures me semble t-il. D’ailleurs, il commence à décliner mais comme je n’ai pas de montre, je pense qu’il doit être maintenant 17h30. Dans trente minutes il fera noir. Au coin du bâtiment, je sais qu’on tourne à droite puis on rejoint le devant de l’immeuble avec ses deux entrées. De chaque côtés des entrées, il y a toujours les bougainvillées mauves qui grimpent jusqu’au quatrième étage. Je change d’avis car la nuit va vite arriver.

- Euh, je vais rentrer et on se verra demain matin, hein ? leur dis-je, avec ma voix qui n’ a pas encore muée. La nuit va arriver.

- Ouais, demain. Et soigne-toi bien,  me répond Dany.

Elle m’embrasse sur la bouche. Baiser rapide. On était précoce à cet âge à cette époque. On se fait de signes avec la main. Ils s’éloignent  et remontent la grande rue. Au bout, ils tourneront sur leur gauche et fileront tout droit, jusqu’à des petits bâtiments à un étage, leur logement. Je ne me souviens guère du nombre exact de français en coopération à ce moment là qui vivaient dans ce camp. Mais je sais que nous étions fort nombreux et que vers la fin 1965, beaucoup d’entre eux sont rentrés en France, comme nous d’ailleurs. 

Je regarde Duc et je pense immédiatement à mon berger-allemand que j’avais appelé du même nom il y a quelques années, je crois en 1978. Je l’avais donné à une dame très gentille car je rentrais moi-même à l’école de gendarmerie de Chatellerault et ne pouvais,  par conséquent,  le garder avec moi. J’avais continué à le dresser car sa nouvelle maîtresse l’amenait chaque samedi à notre club de chien de défense afin que je continue son entraînement. Je regarde autour de moi, et je constate qu’il n’y a pas beaucoup de monde à cette heure-ci dans les rues larges avec leurs bordures blanchies à la chaux. Tiens j’en profite pour regarder les flamboyants du côté des maisons des officiers. C’est un quartier à part que celui des officiers avec ses hauts murs cernant les maisons de plain-pied. Cela ressemblait d’ailleurs à un mini lotissement. On pouvait quand même le traverser grâce à une porte qui donnait vers notre immeuble.

Je lève la tête et regarde mon immeuble. J’essaie de voir quelqu’un aux balcons des appartements mais tout est calme. Ma mère !  Souvent, elle profitait des fins d’après-midi pour se mettre au balcon. J’aperçois les charognards sur la toiture terrasse prêts à fondre sur les petites proies ou sur mon sandwich lorsque j’en mangé un  pour mon quatre heures. Combien de fois je me suis fait subtiliser mon morceau de pain par ces foutues bestioles.  Bon, il va falloir monter ces marches et jusqu’au quatrième étage. Je ne peux pas rester en bas tout ce temps et le chien commence à s'impatienter.

J’ai un pincement au cœur car rien que de revoir ma mère, ça me retourne les sens d’autant plus qu’elle est décédée en 2003 d’une longue maladie.

Quel âge peut-elle avoir cette année la ? Quarante quatre ans car elle était née en 1920. Du mois de janvier. Hop ! je la vois au balcon. Ca me fait du bien et j’ai une envie de pleurer mais je lui lance un « maman » assez fort avec un signe de la main. Elle me répond avec un petit signe et me dit « si tu veux goûter ?  » Non, je n’ai pas faim, mais plutôt mal à la tête. Je ne sais combien de temps va durer ce passage dans ce temps mais j’ai vraiment les jetons, une angoisse pas pensable. Jamais je n’ai ressenti cela sauf peut-être les veilles d’examens importants.

La dernière fois que je l’ai vue, elle était en soin palliatif, après une chute brutale de sa  santé. Elle avait résisté à trois cancers et le quatrième avait eu raison d’elle à l’âge de 82 ans. De chimio en chimio, de rayons en rayons, brûlée au cobalt, les deux seins enlevées, elle a su résister pendant quarante ans ! Elle qui n’avait fumé qu’un paquet de cigarettes durant toute sa vie.

Mais là, c’est une jeune femme que je vais rencontrer. Je dis cela comme si c’était la première fois que je la voyais. C’est fou ! Mais je vais la revoir avec mes yeux de gamin et avec mon esprit du futur. Le pied quoi ! Allez, je  détache la  laisse du collier de Duc,  lequel, avec une rapidité qui lui est propre, monte les quatre étages alors que je ne suis encore qu’au rez-de-chaussée. Je monte lentement les marches avec un cœur gros comme ça. Le premier, puis le second, le troisième et enfin le quatrième et dernier étage. L’appartement de droite était occupé par Colombani, un couple qui avait deux enfants, une fille un peu plus jeune que moi et son frère qui avait l’âge du mien, 14 ans. Parfois avec mon frère, on chambrait le frère et sa sœur parce qu’ils étaient tous deux enveloppés. Maintenant, c’est moi qui suis enveloppé, enfin je veux dire dans mon futur. Je suis devant la porte et j’ouvre. Le chien entre le premier puis moi. Ma mère est là, assise dans son fauteuil mi-bois, mi skaï, dans le salon. Elle est superbe !


EPISODE 4.

Oh le pincement au cœur ! J’ai le palpitant qui tambourine à 120 à l’heure. Là, je la retrouve telle qu’elle était dans mes souvenirs, avec ses cheveux  châtains, mi-longs et ondulés. Elle porte une robe des années 60 forcément. Décolleté devant, dos nu, bretelles et le bas évasé. Vraiment les robes qu’on pouvait revoir dans des vieilles pubs à la télé lors d’émissions traitant des sixties. Le chien est déjà en train de lui faire la fête en essayant de lui lécher le visage mais Duc est gentiment renvoyé et du coup il va dans la cuisine, sur ma droite, pour boire à sa gamelle.

-Tiens, tu as un goûter sur la table de la cuisine,  me dit-elle en me regardant.

- Qu’est ce qu’il y a ? Tu as l’air fatigué, on dirait. Tu étais avec les enfants    Vincelot ? Je vous ai vus tout à l’heure.

Oui, oui mais j’ai un peu mal à la tête en ce moment. Je ne recherche pas trop le dialogue car je ne sais  pas quoi lui dire. Elle se lève et va me chercher dans la salle de bains, au fond du couloir, une moitié de cachet d’aspirine. Elle revient avec le cachet. Je le regarde et je pense que dans mon futur, je n’en prends plus car cela m’est interdit à cause d’une maladie chronique au foie. J’utilise ceux à base de Paracétamol. La cuisine est blanche, comme toutes les pièces d’ailleurs. Une table est coincée contre le mur et de la fenêtre on peut voir non loin de là le cinéma au milieu des filaos. Les appareils sont d’époque (frigo, cuisinière) Ma mère s’est rassise et a repris sa lecture. Le chien s’est couché à côté d’elle. Les portes-fenêtres du salon sont ouvertes comme d’habitude étant donnée la chaleur et la nuit commence à tomber rapidement. Je prends le couloir qui normalement, dans mes souvenirs, donne sur trois  chambres à gauche, la salle de bains au fond et les WC sur la droite auxquels est adossé le cellier avec ses claustras donnant sur l’arrière du bâtiment. Dans la salle à manger, en passant, j’ai regardé les défenses d’éléphants qui trônent sur le buffet et dans le salon, la table indochinoise ramenée de Saïgon par mon père alors qu’il était parti là-bas pour deux ans durant la guerre d’Indochine. Quant aux défenses, je crois me souvenir que mes parents les avaient achetées lors d’un séjour en Guinée.  Ces mêmes défenses qui actuellement, je veux dire dans mon futur, sont toujours chez mon père, sur la cheminée.  Tiens, j’ai une pensée pour lui. Il ne va pas bien en ce moment et la dernière fois que je l’ai eu au téléphone, son état s’était stabilisé. Une dame s’occupe de lui 24h/24h. Il est né en 15 et ça lui fera en juillet 2007, 92 ans. Il a un cancer également. Dans cette époque, il ne va  pas tarder à rentrer, je crois vers 18h si mes souvenirs sont bons. Il fait nuit maintenant. Je me souviens qu’il travaillait à l’état-major, dans un  grand bâtiment où il y avait le commandant du camp et d’autres officiers, certains sénégalais et d’autres français.  Ce bâtiment était situé à l’autre entrée du camp, endroit beaucoup plus stratégique que l’entrée qui faisait face au mess. Un poste de police y était en permanence occupé avec une barrière qui se levait à la main.

Je suis dans ma chambre. Blanche elle aussi. Mon lit fait un 90 de large avec un dessus en tissu représentant des cow-boy et des indiens. Un petit meuble avec une table pour faire mes devoirs se trouvent contre la cloison qui sépare ma chambre de celle de mes parents. Tient, mon frère est dans sa chambre, c’est allumé. Je m’empresse d’aller le voir. On a que deux ans de différence et on s’entendait bien à cette époque surtout quand on était avec les fils Cordevant, amis de longue date de mes parents. Ils s’étaient connus en Guinée et leurs enfants, deux garçons, avaient le même âge que mon frère et moi. Alors pour faire les cons, on n’était pas en reste tous les quatre.  Sa chambre est juste après la mienne puis après il y a celle de mon autre frère, Alain, aujourd’hui décédé, enfin je veux dire dans mon futur. 


Mon cartable est posé au sol contre la cloison. Le cartable est en cuir. A l’époque ils étaient tous en cuir et solides ; On pouvait les charger à bloc sans se soucier du mal au dos que cela pouvait engendrer. Maintenant, dans mon futur, les gamins sont suivis par des médecins dès lors qu’ils détectent une scoliose ou autre maladie du dos. On a pu alléger leurs sacs. Je regarde à l’intérieur et je retrouve forcément mes cahiers et quelques livres dont un, celui des mathématiques ! Les problèmes de conversion entre les anciens et les nouveaux francs. Des cuves qui se remplissent à telle vitesse, le train qui va croiser un autre train, mais à quelle heure sachant leur vitesse…C’est un livre de ma 7ème. Maintenant on dit cours moyen 2 ? Je ne sais pas trop. Donc je vais entrer en 6ème à la rentrée prochaine. Je m’assois sur le bord du lit et je réfléchis à tout ça. Est-ce que ça a un sens tout ceci ? J’entends mon frère Patrick qui tourne les pages de son bouquin. Je suis sûr que c’est un Miki le Ranger, ou un Zembla, voir un Akim, roi de la jungle. Qu’est ce qu’on a pu s’en farcir de ces livres à cette époque ! Ma mère nous en achetait souvent pour occuper nos soirées lorsqu’ils s’absentaient pour les leurs. Maintenant il fait complètement nuit et les lumières illuminent les rues et des bâtiments dans le camp. On entend quelques tam-tams battre dans la médina. Tout est ouvert dans l’appartement. Il fait combien dehors, 26-27° ? C’est la saison sèche ou des pluies ? Là, je ne m’en souviens pas.

J’entends mon père qui vient de rentrer. Je me lève et vais voir dans le salon. Je le vois de dos. Grand et  costaud, en uniforme beige, short et chemise et la casquette qui a remplacé le képi juste après l’indépendance du Sénégal en 60. Allez, je me lance et m’approche de mes parents qui discutent sur leur soirée de demain soir, un samedi. Donc on est bien vendredi. Je fais semblant de jouer avec un petit autobus, les fameux dinky-toys de l’époque. Jouets robustes que ces dinky-toys. J’en avais de toute sorte : tracteur, semi-remorque, moto, voitures. Je m’en amusais souvent sur la terrasse et toujours seul. De ce côté là, je n’ai pas changé, j’ai toujours cultivé une certaine forme de solitude peut-être me suis-je forgé une carapace tout au long de ma vie.


J’ai décidé de ne pas engager de conversation car ma mère me regarde du coin de l’œil – Ah les mères ! Grâce à l’instinct maternel, elles peuvent tout savoir sur nous ! – Soupçonnerait-elle quelque chose ? Impossible. Je pense que cela vient de mon attitude. Je ne devais pas, à l’époque, jouer dans le salon….Je ne m’en souviens plus. Bon, de leur conversation, j’ai compris que demain ce serait Popenguine puis le camp Mangin pour les apéros dansants. Popenguine, c’était un des coins sauvages les plus sympathiques de la côte sénégalaise. On y restait souvent le week-end et on couchait sous des paillotes  pour la nuit. Les parents amenaient la bouffe et des couvertures pour la nuit. On couchait à même le sable. Et comme on partait toujours avec les Cordevant, Gilles, son frère Régis, mon frère Patrick et moi confectionnions des lits avec du sable en forme de matelas. Le camp Mangin, était une base aréo-navale à Dakar et était situé le long de la côte. La particularité de ce camp était que tous les samedis et dimanches après-midi il y avait apéro dansant  qu’on appellera dans le futur « thés dansants » Donc samedi, demain, toute la journée, nous sommes à la plage à Popenguine puis au camp Mangin et pour finir, on mangera chez les Cordevant. Les amis de mes parents habitaient rue du sergent Malamine à Dakar dans un petit immeuble de quatre étages, le cinquième était notre domaine à nous, les gosses. On y avait créé un orchestre, les « chaussettes puantes » pour imiter les Chaussettes Noires de l’époque. Bien sûr, on avait inventé les instruments : la batterie était une succession de casseroles empruntées à nos mères, le reste des fausses guitares. On rigolait bien malgré tout et on y passait des heures à ce cinquième étage qui n’avait jamais été terminé du reste. Du coup je suis revenu dans ma chambre. Je vais voir mon frère, toujours en train de lire sur son lit : « Alain n’est pas là ? «  Hasarde-je.  « Non, il est parti avec ses copains, tu sais bien » Houla ! Et oui, je devrais le savoir ça.  Mais bon, je fais le gars qui ne s’en rappelait plus. Je réponds par un « Ah ouais »

Cela doit faire maintenant au moins trois heures que j’ai « atterri » à cette époque et je ne sais toujours pas combien de temps va durer cette transmutation temporelle.  Je pense à mon moi dans le futur.   
Je n’ai pas de montre. Il me semble pourtant qu’on m’en avait offerte une, le jour de ma communion solennelle. Je ressens une grande fatigue en ce moment. Tiens, je vais regarder dans mon armoire. J’y retrouve mes affaires dont je ne me souvenais même plus les avoir endossées.  On avait beaucoup de chemises, les tee-shirts n’existant pas encore dans ces années là. Ah celle-ci je m’en souviens ; Elle avait des plumes d’indien en motifs sur un fond couleur moutarde. C’est marrant de revoir ses fringues de cette époque. Des shorts en pagaille, en veux-tu en voilà et des pantalons en toile légère. Pas de jeans.  Ces derniers arriveront sur les marchés vers la fin des années 60. De toute façon ici il ferait trop chaud pour en porter. La plupart du temps, on était en short avec mes frères.

- A table ! lance ma mère depuis la cuisine. Ah ! On mange dans la salle à manger  parce que la cuisine est trop petite. Mon frère Patrick s’amène dérrière moi. Je ris de le voir maintenant avec ses cheveux noirs en brosse et sa figure carrée.  Déjà costaud pour son âge, le frangin. D’ailleurs, lorsque nous serons dans le même bahut à Toulouse, chez les frères Maristes, à l’école Montalembert, on sera toujours au centre des bagarres de récréations. Même tous les deux, on s’en est filé des peignées. Mon père, 120 kgs, ancien catcheur, durant ses loisirs,  à Saïgon pendant son séjour de deux ans lors de la guerre d’Indochine,  nous séparait en nous clouant le bec vite fait bien fait. On en prenait une bonne puis après,  tout redevenait calme et avec mon frangin, on se marrait. Durant les repas, mon père n’aimait pas trop qu’on fasse les imbéciles. Il y avait des limites. Bon qu’est ce qu’on mange ce soir ? Alors salade de choux rouge puis, je sens une omelette qui cuit dans la cuisine. Probablement fromage par la suite et des fruits telles des mangues, ananas ou bananes.  Boisson, de l’eau sauf pour mes parents qui prennent du vin. Bon pour moi, cela ne change rien car je bois de l’eau à tous les repas depuis les années 70, époque à laquelle, où un certain pinard d’une coopérative près de Royan, m’avait complètement écœuré.  L’eau a un drôle de goût ici. J’étais trop habitué à la notre filtrée par un adoucisseur. J’écoute mes parents ; Ils parlent toujours du week-end avec nos amis les Cordevant. J’ai envi de leur dire qu’en 81, ce sera Mitterrand qui sera élu président de la République en France !  Je les regarde tous les deux, puis mon  frère. Lui n’a rien remarqué par contre ma mère me regarde toujours du coin de l’œil. Peut-être faisait-elle cela à cette époque, de la surveillance rapprochée de son dernier rejeton ? L’intuition féminine et qui plus est celle d’une mère est redoutable. Finalement je préfère ne rien dire et de toute façon qui allait croire un gamin de 11-12 ans racontant qu’il a fait un bond de 43 ans dans le passé en gardant son esprit du futur. Hilarant ! Mon frère quant à lui mange en regardant les mouches volées comme d’habitude. Il a toujours cultivé cette indépendance. Ce n’était pas de l’indifférence mais bien de l’indépendance vis à vis de nous. D’ailleurs il l’affinera de plus en plus par la suite et même lorsqu’il sera marié.

Le repas s’est bien passé mais je n’avais pas très fin. Par contre j’ai mangé ma mangue car j’adore ce fruit. Bien et après qu’est ce qu’on fait ? Il n’y a pas de cinéma car c’est le samedi soir uniquement et nous sommes un vendredi. Il est au moins 20h30 maintenant. J’essaie de regarder la montre de mon père. Bien vu. Il est 20h30. Mon frère demande la permission de se lever de table : accordé. Je fais de même : accordé également. On regagne nos chambres. Mon frère a replongé dans la lecture d’un Zembla ou Akim. Tiens il y a la radio qui marche. Des airs afro-cubains. Du mérengué, des salsas. Los Muchacambos ! Il y avait  aussi des pachangas : musiques sénégalaises où on retrouve le mélange cubain comme des tchatchas. Un artiste très connu à l’époque, on l’appelait le roi de la pachanga : Johnny Pacheco qui faisait vibrer tous les danseurs de pachanga.  Je n’ai pas envi de lire. J’ai plutôt sommeil en fait. Bon, allez, il doit être 21h00 maintenant. Comment je dormais à l’époque ? Ah oui, en slip et tricot de peau. Je défais les draps et la couverture, me glisse à l’intérieur et la tête calée sur le traversin, je pense à ce que je suis entrain de vivre en ce moment. Peut-être ne suis-je pas le seul à vivre cette expérience ? Mes dents ! J’ai oublié de me les laver. C’est vrai qu’à cette époque on s’en souciait guère des dents; Terrible erreur, on l’a durement payé ce manque d’hygiène beaucoup plus tard. Des visites chez le dentiste depuis l’âge de 13-14 ans et jusqu’à maintenant, enfin je veux dire dans mon futur. Allez, hop, dans la salle de bains. Je prends une brosse à dent dans un verre et vas-y que je te brosse. Dans le miroir, mes dents sont belles mais elles ne le resteront pas longtemps surtout lorsque je commencerais à fumer  à 16 ans. Si jamais je ne reviens pas dans mon époque, je promets, je fais le serment de ne jamais commencer à fumer. Parce que sinon, je vais fumer pendant 37 ans et ce jusqu’en 2006, en juin, le 14, plus précisément.  Et depuis, sans aide, ni patch, ni acupuncture, ni soutien d’aucune sorte, fin de la fumerie. J’ai redécouvert les senteurs de tout ce qui nous entoure et même celles de la cuisine. Une autre vie, c’est sûr.  
Je n’arrive pas à m’endormir et je n’ai même plus la notion du temps. Quelle heure peut-il être ? Je me suis couché à 21H00 et ça doit faire au moins 30 minutes que je tourne et retourne dans ce lit. Au fait, le dimanche matin j’allais faire du cheval aux environs de 9 heures. C’est ici que j’ai appris l’équitation en même temps que d’autres jeunes de mon âge, filles et garçons. Ce sont des chevaux arabes pour la plupart. Très nerveux, rapides sur les départs arrêtés mais ils ne tiennent pas sur les longues distances au-delà de 3000m. Nos moniteurs étaient deux gendarmes sénégalais, très sympas et ils nous appelaient par le nom de nos chevaux que nous montions.  Parfois, on était une vingtaine à monter et ils connaissaient tous les noms des chevaux montés. Le mien s’appelait Judo ! J’ai toujours conservé la photo où je suis sur mon cheval. C’est mon père qui avait insisté pour la prendre. Depuis cette date, elle est toujours dans mon portefeuille.  Dans mon futur, je la regardais de temps en temps, histoire de voir si on changeait après tant d’années. J’en reviens à dimanche matin. Je crois me souvenir que durant les vacances scolaires, il n’y avait pas d’équitation. Faudra voir quand même. Je me souviens des sorties des écuries. En file indienne, on allait directement dans les grandes carrières, prés des bâtiments où logeaient les auxiliaires de gendarmerie sénégalais avec leur famille. Ces carrières, une grande et deux petites, étaient utilisées pour les jumpings et à l’entraînement de saut d’obstacles. On y passait en règle générale une bonne heure. C’est là qu’on nous enseignait les rudiments de l’équitation. La seconde heure, nous sortions du camp, toujours encadrés de nos deux moniteurs en uniforme, en file indienne, et traversions la médina en empruntant des ruelles de sable entre les maisons en bois avec leur toit en tôle. Là, nous croisions toute la faune marchande de la médina. Du barbier au cordonnier, en passant devant le bana-bana (marchand qui vend de tout – de la chaussure à la plaque de beurre, coupée à la demande) on croisait les vendeurs de meubles, tapis, habits (boubous essentiellement – ce sont des vastes habits avec dorure ou non que les africains portent) chaussures en cuir, statuettes en ébène noir, bijoux en or etc…Le tout mêlé aux habitants qui nous regardaient passer, les femmes riaient et les enfants applaudissaient. Quand j’y pense, je peux dire que c’était ça la vraie vie et non celle, surfaite,  que nous vivions en France dans mon futur. Ah que j’aurais voulu rester à cet âge, 12 ans ! La traversée de la Médina prenait un bon quart d’heure puis nous prenions une avenue qui nous menait à Hann, quartier à l’est de Dakar, en bordure de mer. C’est là qu’il y avait le zoo, mon collège des pères maristes  où je vais entrer en 6ème à la rentrée cette année, la plage. Nous faisions des courses sur la plage par groupe de deux cavaliers. On dessellait puis hop, à l’eau, en maillot de bain avec les chevaux ! Tout le monde se régalait. Puis après, on sellait à nouveau les chevaux  et on rentrait au camp, en principe au trot. Il fallait que je me dépêche car je devais servir la messe à 11h30, dans le cinéma derrière chez moi. Bref, un dimanche matin bien rempli comme à chaque fois. Je m’endors…

EPISODE 5.

Je suis réveillé. Le jour passe à travers les persiennes des volets de ma chambre. Je sens cette chaleur humide de la veille lorsque je « suis arrivé » à cette époque. Donc je suis toujours en 64.  Ce voyage spatio-temporel à l’air de vouloir durer. Jamais personne ne me croira si jamais je reviens à mon époque d’adulte. Bon,  quelle heure est-il ? C’est rageant de ne pas avoir de montre.  Peut-être 8 ou 9 heures. En tout cas, j’ai bien dormi mieux que dans le futur où je ne passe pas une nuit sans être réveillé à chaque heure.

J’entends du bruit provenant de la cuisine. Sans doute mon père, habitué à se lever dès 6-7 heures le matin. Son boulot était de préparer le café pour ma mère et lui. Nous, on prenait du chocolat en poudre Banania et hop, dans le lait. J’attends un peu. Il commence à faire chaud dans cette chambre. Allez, je me lève et vais ouvrir, la porte moustiquaire, celle vitrée et enfin les volets persiennes. Plein soleil dehors. Il fait déjà au moins 26-27° à cette heure-ci. Tiens mon frère se lève lui aussi. Il ouvre également ses volets. Il me voit et me fait une grimace. Je rigole.

On s’est toujours bien entendu lui et moi peut-être parce qu’on a  deux ans de différence et aussi le fait qu’on a toujours été ensemble et ce jusqu’à ses dix huit ans, âge auquel il est entré chez les scouts routiers à Toulouse. A partir de là, nouvelle ambiance, nouveaux copains puis nouvelle copine. Bref, la vie. Je regarde sur mon côté gauche et je retrouve mes Dinky toys (car, semi-remorque, camion, voitures, et même une moto avec son conducteur dessus – un garage à étage avec ses parkings) Je repense quand même à ma situation actuelle. Si cela perdure, est-ce que je peux modifier mon histoire sans que cela bouleverse le reste ? L’histoire du papillon qu’on écrase à l’âge préhistorique lors d’un voyage dans le temps et qui bouleverse le futur parce que ce même papillon n’a pu engendrer etc…etc…Si cela ne doit rien changer alors je peux décider d’un nouveau chemin dans le futur sur le plan professionnel. Je sais qu’il y a d’autres métiers que j’aurais pu faire. Mais notre destin n’est-il pas écrit à l’avance ? Même en modifiant le passé, le futur n’aura t-il pas le même résultat ? Tant de questions sans réponse, c’est frustrant. Quoique si on savait tout à l’avance, le reste serait facile à déduire. On est samedi et mon père ne travaillant pas, je l’entends partir tout en répondant à ma mère. Claquement de porte. Ah si je me souviens maintenant, le samedi matin il allait à Dakar centre-ville faire son marché. Les marchés de Dakar : le marché de Sandaga situé à l’angle de l’avenue Lamine Gueye dans un un bâtiment de style néo-soudanais sur deux étages abritant fruits, légumes, viandes et poissons puis celui Kermel situé dans le vieux Dakar à côté du port dans un beau bâtiment de style colonial avec juste autour le marché aux fleurs. La viande et le poisson sur les étals attiraient des paquets de mouches et il était souvent préférable d’aller chez le boucher du coin tenu par des libanais. Je me souviens que lorsque nous habitions lors d’un précédent séjour rue Thiong, à la Gendarmerie de Dakar-ville, c’est à pied que nous nous rendions sur les marchés. La caserne était située pas loin du centre de la ville et la Place de l’indépendance n’était qu’à quelques rues. Cette place qui s’appelait autrefois la Place Protêt du nom du capitaine qui transféra l’armée de l’AOF de l’île de Gorée sur ce lieu, centre nerveux de la capitale. Reconstruite, la place prendra tout naturellement le nom de Place de l’Indépendance juste après l’indépendance du pays. Je la traversais cette place pour me rendre à pied à mon école primaire rue Thiers. Par la suite, en 7ème  ou CM2, classe juste avant l’entrée en 6ème, c’est en car qu’on se rendait du camp de la Médina à cette même école. Un Berliet Chausson d’une quarantaine de places environ. A chaque fois que je pénétrais dans le car il y avait toujours une Sénégalaise, assise à l’avant, qui voulait me faire asseoir sur ses genoux. C’était gênant. Mais une fois j’ai dit oui. Et elles se sont mise à rire entre elles en parlant le wolof, la langue véhiculaire du Sénégal. Bon et bien j’ai fait le voyage jusqu’à la Place de l’Indépendance, dernier arrêt du car avant son retour au camp.

Je me suis lavé puis habillé (j’ai mis des affaires propres en fouillant l’armoire de ma chambre) avec des vêtements dont je ne soupçonnais même plus leur existence. Ah si, un espèce de tee-shirts rayé noir et beige. Celui là je m’en souviens. Allez, mes sandales en cuir et à boucles. Le chien est devant la porte qui m’attend. Malin le Duc. Il sait que c’est moi son promeneur. Je prends sa laisse et son collier. Une fois « habillé », le chien dévale les quatre étages aussi vite qu’il les avait montés la veille. Il est déjà en train de pisser sur des bacs à fleurs lorsque j’apparais dehors. J’ai quand même dit à ma mère que j’allais promener le chien et que je serais de retour dans pas longtemps. Je ne sais ce que va faire mon frère. Je me dirige directement chez Dany. Je coupe à travers les cours des petits immeubles à un étage où sont logés les gendarmes français et sénégalais. Je constate qu’il y en a déjà pas mal qui sont rentrés en France car dans tel ou tel bâtiment, il y avait la famille untel puis là, la famille x ou y. Tiens dans celui là, il y a la famille Maury avec leurs deux fils dont l’aîné, Gérard, sera avec moi, au collège de Hann mais pas dans la même classe. Et puis les Baudin, juste après. A mon avis, eux, ils doivent être déjà rentrés en France. Je passe devant le mess officiers et  sous-officiers puis je bifurque à gauche et je vois les petits immeubles, identiques à ceux que je viens de dépasser, juste après la maison du médecin-chef Cabantous, responsable du dispensaire du camp. Lui, je m’en souviens bien pour m’avoir, je ne sais combien de fois, soigner mes otites à répétition.  Le chien tire sur sa laisse comme d’habitude. J’arrive au niveau du logement de Dany et les vois, elle et sa sœur assises sur des rebords en béton délimitant des trottoirs. Je me joins à elles.  Re-baisers à Dany et bises à sa sœur…. 

Ca commence à s’animer dans ce camp ce samedi matin. On voit les habitants partirent avec leur véhicule de cette époque probablement aux marchés de Dakar ou alors en week-end sur les plages du Sénégal.  Je tente un « hola » à la cantonade. « Salut » me répondent-ils. Je commence à bien aimer cette partie de ma vie à cette époque mais peut-être c’est plutôt cette époque que j’aime le mieux. Une seconde vie ? Ou bien modification de la première ? Tiens ça me fait penser à Second Life, chouette programme sur le net où on a la possibilité de se créer une deuxième vie au travers d’un personnage entièrement façonné ou non à notre image. Mais je ne peux leur en parler, personne ne comprendrait. Et pourtant ça me démange. Je glisse un « qu’est ce qu’on fait ? »

- Arrête Marc ! hurla Maryse à l’encontre de son petit copain. Il s’appelle Marc. De ce côté là la situation est réglée car j’aurais eu du mal à lui parler sans lui dire au moins une fois son prénom. Ce dernier lui tirait les cheveux. Jeux d’enfants. Je regarde attentivement Dany : un visage très fin, des jambes longues et sa blondeur qui tranche devant la frondaison verdoyante de la propriété voisine. Elle n’a pas encore de poitrine mais ça viendra plus tard, j’espère pour elle.  Sa jeune sœur lui ressemble un peu mais la coupe de cheveux n’est pas la même.  Marc quant à lui est brun.

On pourrait faire le concours du plus long baiser ? C’est Dany qui a posé la question. Moi ça me va. Les autres sont partants. Tout le monde se lève. « On va derrière les écuries ? » Questionne-je. Les autres sont  d’accord. Et nous voilà partis en direction des écuries en longeant le haut mur d’enceinte du camp, en passant devant les petits immeubles semblables à celui où habite Dany, sa sœur et Marc. Des familles de gendarmes sénégalais y habitent également. C’est les vacances et on voit les gamins, certains de nos âges et d’autres plus jeunes, jouaient autour des étendoirs à linges. Des jeunes filles africaines, très bien faites, jolies, probablement des employées de maison, sont devant les fils à linge. Beaucoup de familles avaient des employées de maison. Le travail ne manquait pas.  Les femmes étaient appelées « fatous » tandis que les hommes étaient nommés « boys » Ce terme n’était pas péjoratif à cette époque du moins pas dans la bouche des français qui le prononçaient. Un mot utilisé certainement depuis le début de la colonisation de l’Afrique de l’ouest. On arrive derrière les bâtiments des écuries. Le tas de crottin est toujours au même endroit. On a un peu chahuté durant notre marche. J’ai essayé de ne pas trop parler pour ne pas trahir mes propos qui pourraient leur semblaient bizarre car je ne me souviens même pas de quoi on pouvait bien parler à cet âge. Durant notre avancée, j’ai remarqué des lueurs anormales dans le ciel du même genre que celles que j’avais pu voir dans mon futur, la veille de mon « départ » pour le passé. Ces zébrures bleutés avaient une couleur identique. J’ai pris peur  et je me suis demandé si mon « séjour » dans le passé allait prendre fin maintenant. Mais non, rien ne s’est passé. J’ai renoncé à chercher des explications sur ce voyage dans le temps qui pourrait, finalement, n’être qu’un rêve après tout. Je peux très bien me réveiller demain matin, dans mon lit, et dans mon futur sans qu’aucun bouleversement dans le temps n’eut lieu. L’horloge a continué sa route, normalement. Oui, mais si le temps est le même à ces deux époques ça vaudrait dire que j’ai basculé dans un monde parallèle ? Ca me fait penser à la série des années 90 « Code Quantum » à la télé et aussi « The Sliders » (les glisseurs) série plus récente. On y traitait justement des mondes parallèles. Mais je ne crois pas que ce qui m’arrive soit lié aux mondes parallèles. Je crois plutôt  que c’est une distorsion du temps où la frontière entre le passé et le futur est plus mince qu’une feu

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